SAISON  2016-2017

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« Enseigner le théâtre » 

 ne relève pas de la transmission d’un savoir acquis et immuable, mais de la poursuite pour le comédien d’une recherche inextinguible des moyens de communication qu’offre le théâtre.

Marcher, parler, s’exprimer, communiquer, penser, représentent pour le futur comédien l’occasion d’un nouvel apprentissage de la vie, tant on oublie instantanément les fonctions les plus élémentaires quand on ose un jour monter sur une scène et s’exposer soudain au regard de « l’autre ».

Se mettre ainsi, tout à coup « dans la lumière » nous met en situation de nous reposer les questions fondamentales de notre rapport au monde.

Il nous faut alors rééduquer nos sens éteints, comprendre nos peurs, les contourner, jouer avec elles, s’en faire des alliées, les aimer pour ce qu’elles apportent de positif et les déjouer pour ce qu’elles apportent de handicap.

Apprendre à penser, à reconnaître ses pensées propres, leur existence, à n’appliquer aucune autocensure a priori, sont un premier pas du langage.

Ecouter l’autre, le comprendre, le deviner, le devancer, jouer avec lui (dans le sens ludique du terme), sont le premier pas du dialogue et du jeu théâtral. A travers le jeu et le mouvement, chacun découvre l’autre et se découvre lui-même. Il s’agit alors d’apprendre à se servir des outils qui sont en nous, dont on ignore à priori l’existence et a fortiori le maniement.

Puis vient la parole et l’écrit. Plus qu’un travail d’écriture collective, le travail sur un texte d’auteur se révèle souvent plus adéquat. En effet, pour se découvrir et découvrir les autres, les mots d’un autre, « l’auteur », sont un biais efficace pour exprimer ce qu’on a peine à dire avec ses propres mots.

La peur de s’exprimer, la peur de se situer dans un  groupe, dans la société, diminue, disparaît, à partir du moment où l’on peut percevoir l’autre non plus comme un juge, ou un adversaire, mais comme un partenaire avec lequel on avance, on échange.

 

« Le travail d’Ecole est un cahier d’exercices perpétuel. J’ai trouvé là tout ce que j’aurai fait. Je ne peux pas dire qu’il n’y ait pas de différence entre l’Ecole et la Scène. C’est l’Ecole qui est la première. L’Ecole est le plus beau théâtre du monde. Car l’Ecole est un théâtre libre, exempt des contraintes de toute production, et surtout de tout accord avec l’opinion courante.

On n’a pas à chercher si on est accepté par le goût du public. Cela se passe ainsi : dans la salle nue, le maître et les élèves, aucun  objet de décoration, la lumière crue, les murs, une table ou des chaises de rebut. Et dans ce lieu sans grâce, la vie fictive se construit. » 

Antoine Vitez, comédien, metteur en scène, enseignant au Conservatoire National Supérieur Art Dramatique de Paris - 1994

 

La formation/transmission, pourrait se définir en quatre pôles complémentaires les uns des autres :

L’artiste apporte une autre vision du monde, il fait entrer le doute dans l’enseignement, il apporte un regard irrationnel

A qui s’adresse-t-on ? S’agit-il d’initier les élèves ?

 

Connais-toi toi-même : 

Chacun, à un moment de sa vie, devrait avoir droit dans son temps de travail ou dans son temps de loisir, de pratiquer une activité émancipatrice, de s’abandonner à un goût : goût de lire, d’imaginer, de raconter, sans avoir besoin de devenir un professionnel du spectacle vivant. Cependant, il s’agit bien ici de faire un travail de développement de la créativité théâtrale.

Les règles sociales, aussi nécessaires et bénéfiques soient-elles, incitent l’individu à une certaine forme de régression physique et mentale, la plus évidente étant la respiration, ventrale et efficace chez le nourrisson, thoracique et étriquée chez l’adulte d’une manière générale. Il en est de même pour le mental.

Il est nécessaire de désapprendre avant d’apprendre. Les élèves sont trop souvent les témoins vivants d’une culture de « schéma stéréotypé » ; l’école, le travail, la famille, véhiculent d’autres stéréotypes, le langage qu’il faut parler pourrait être l’un d’eux…  apprendre à déjouer, c’est-à-dire à jouer autrement permet aux portes de l’imaginaire de s’ouvrir ; alors seulement peut naître l’envie de risquer. Comment déclencher des espaces de jubilation, à travers le corps ou l’expression du mot, se laisser surprendre par ce qui va arriver, ce qui va  arriver, ce qu’on a fait naître.

Pour son épanouissement, chaque individu, au sein de la formation théâtrale doit trouver sa place, à son rythme, dans un climat de confiance et de collaboration. Il est nécessaire, que cela passe par une certaine responsabilisation de chacun, chaque « prestation » demandant un investissement personnel indéniable. Les élèves doivent devenir aptes à s’auto-évaluer.

Pour ce faire, il faut laisser l’élève « mener sa barque » et, tout en le guidant, en évaluant ses capacités à surmonter ses difficultés, l’inciter dans une direction ou une autre.

Le travail théâtral est fondé sur une recherche et sur une expérimentation des possibilités de chacun.

 

Reconnais les autres :

De même que le théâtre grec devint un moyen pour les hommes de nommer les choses et le monde, à un moment où on ne sait plus comment vivre, où on ne sait plus comprendre le monde, la réflexion théâtrale s’impose à nous, gens du XXIe siècle.

Le théâtre est un outil de développement social. Là où le manque de dialogue social fait de la violence, parfois, le seul exutoire pour les uns et la seule réponse politique pour d’autres, le théâtre, parce qu’il est collectif et émancipateur, apporte une autre possibilité : le dialogue.

La réappropriation du monde et de soi-même au moyen des outils que peut offrir une pratique artistique sérieuse invitent à la curiosité, à l’observation, à l’étonnement, de soi, des autres, et des autres avec soi.

La pratique théâtrale, par ses règles propres, permet de redécouvrir de façon ludique les règles sociales : trouver un juste équilibre entre l’espace de liberté nécessaire à l’élève pour pouvoir s’exprimer, prendre confiance en soi, trouver des stratégies personnelles pour entrer en contact avec ceux qui l’écoutent, et accepter d’utiliser des normes communes.

L’enseignant doit pouvoir gérer l’hétérogénéité des élèves, respecter leurs « niveaux », leurs caractères, leur  rythme : …celui qui veut en permanence être en représentation, et celui, qui, au contraire, ne parvient pas à surmonter sa timidité.

L’important est de décloisonner les catégories de personnes qui participent à cette aventure, en leur apprenant le respect de la différence de  l’  « autre », l’enrichissement de la différence de l’  « autre ». L’intérêt évident de cette démarche commune est de créer de l’émulation dans les échanges, dans le partage des expériences et des vécus, forcément différents.

Cette complémentarité permet de porter un regard bienveillant et valorisant, sans notion d’échec ou de réussite, sur le travail de chacun.

Par la responsabilisation de  chacun des membres du groupe, le théâtre peut être un formidable outil de communication, d’échanges et de développement personnel, un outil d’intégration, pour communiquer.

 

Le travail de l’acteur :

La sensibilité théâtrale s’apprend, comme le musicien fait ses gammes de musique, avec le temps qu’il faut pour ça.

Aborder le travail de l’acteur, avec ses règles, ses exercices, son training, ses réflexions, ses nutriments culturels, est un catalyseur efficace de l’émancipation culturelle.

L’équipement aide, aussi. Dans une salle propre, large et sans bruit, on peut travailler. Si on est près de la nature, c’est mieux.

Une réalisation dans des conditions similaires à l’élaboration d’un spectacle vivant, conduite avec les compétences et le concours d’un artiste ou d’un professionnel de la culture, utilisant de préférence les ressources d’un établissement culturel de proximité (théâtre,..), peut être une concrétisation efficace du travail de l’acteur et de ses partenaires  (décorateur, costumier, maquilleur, technicien, régisseur,…)

Eprouver la fonction de l’acteur permet une meilleure évaluation de la place de l’acteur, de l’art d’une manière générale, dans la société. C’est une rencontre avec la sensation, avec la connaissance, avec les autres, avec la réflexion, avec le questionnement, avec soi-même surtout. 

Reconnaître la fonction d’artiste comme un métier aussi nécessaire que le plombier…et c’est toute la vie sociale qui s’en trouve modifiée.

 

Le travail du spectateur :

Est-il encore nécessaire d’avancer que l’accès de tous à la culture est un gage de citoyenneté et de réduction des inégalités sociales

L’accès à l’art par la découverte des œuvres et de la pratique personnelle est gage de liberté, de richesse personnelle et collective et,  finalement, de démocratie.

Permettre la rencontre avec les artistes, les professionnels des métiers de la culture et les œuvres d’art et de culture elles-mêmes, participe à la formation d’acteur et à l’éducation du spectateur.

Aujourd’hui, les médias « populistes », telle la télévision, inculquent au quidam une vision de la culture formatée, qui serait innée donc dépourvue d’apprentissage et de réflexion, accessibles à tous selon le don du ciel.

Quelle pratique en un temps relativement court et contraint peut faire toucher du doigt aux élèves la singularité de l’expérience artistique ? Comment l’artiste peut-il y contribuer ?

Quelles sont les rencontres possibles avec le spectacle théâtral ?

Peut-il y avoir de la pratique sans rencontre avec des spectacles ?

Pour le spectateur, l’émancipation, c’est se libérer des clichés et des préjugés qui lui ont certainement été inculqués : un spectacle est « bon » ou il ne l’est pas. Induire une démarche volontaire de spectateur, isolé ou en groupe, éventuellement précédés d’une préparation, suivis, dans tous les cas de discussions critiques avec les autres spectateurs, des acteurs, participe à la construction de sa propre réflexion de spectateur, fondée sur une sensibilité propre, sur une connaissance des techniques artistiques, en bref, une démarche personnelle et non plus stéréotypée.

Ce principe de commentaire critique peut permettre d’évaluer l’impact réel du travail théâtral de chacun et de s’interroger sur d’éventuels réajustements des objectifs ou des méthodes.